Mesures Dracos au Piquet !

Le mot macronalgique du jeudi







Dans l’Macron, y a rien de bon
Macronalgie

La semaine passée, il a été chanté sur tous les toits et tous les airs que la République était menacée par la peste bleue marine. C’était pas vraiment faux, la représentante de la famille Le Pen avait la possibilité d’atteindre le Graal en devenant la première femme présidente de la France. Dimanche, beaucoup se sont abstenus, ont voté blancs ou nuls ou même Macron, contre Le Pen. Et depuis, si l’on en croit la musique médiatique, le danger est écarté. Ça y est les idées xénophobes, racistes, anti-sociales sont vaincues. Circulez ! Y a plus rien à voir… Et puis, l’Macron, qu’est si photogénique et qu’il est jeune aussi, il va nous la mettre en marche la France : finies les inégalités, fini l’accaparement des richesses, finie la misère... Pendant ce temps, la protection de l’enfance du 49 est en lutte ; ce vendredi, 2 militants sont poursuivis pour délit de solidarité avec des migrant-e-s...
Si on a échappé au pas de l’oie et si l’odeur est bien différente, ça ne sent pas pour autant la rose. Pour ceux qui n’avaient pas mis le nez dedans, voilà le menu prévu par le nouveau chef.
1 - Tout sur le « lire-écrire-compter »
L’école primaire (élémentaire ET maternelle… et même les crèches !) sera pour l’essentiel réduite à la fonction d’apprendre à « lire-écrire-compter » (les « fondamentaux »). Traduction : risque de disparition des projets de classe et de réduction des horaires de matières dites « secondaires ».
2 - Individualisation à tout va
Les logiques « individualistes » seront encore renforcées, même si elles sont très difficiles à mettre en œuvre et pas forcément exemptes d’effets pervers : stigmatisation, désorganisation, pression sur les profs... Et surtout, cela se fait au détriment de l’enseignement adapté et de la réduction générale des effectifs par classe. De nouveaux pas dans la destruction du collège unique sont déjà annoncés, puisque le projet prévoit une individualisation des parcours.
3 – Évaluationnite tentaculaire
Des évaluations nationales auront lieu tous les ans en début d’année scolaire de la grande section à la 3e… Et bien entendu ces évaluations seront numérisées et intégrées au LSU, participant à une sorte de « casier scolaire », sûrement pas destiné au bénéfice des élèves (voir les nombreux questionnement sur le LSU et le fichage).
4 - Professionnalisation pour le patronat
Les trois voies du lycée se voient orientées vers une mission d’insertion professionnelle. L’enseignement professionnel sous statut scolaire est plus que jamais menacé, avec notamment le transfert de la gestion de l’enseignement professionnel aux régions. Ce qui est programmé pour les élèves, c’est le développement à tout va de l’apprentissage – un formatage au service du patronat local – et même du pré-apprentissage dès le collège : le tri social doit commencer le plus tôt possible ! Cette « solution » ne vise évidemment pas les enfants de bourgeois...
5 - Autonomie et contractualisation
Associé à des idées d’émancipation individuelle, le mot « autonomie » est un mot-piège lorsqu’il est utilisé dans le contexte des institutions : il s’agit bien d’accélérer le processus de territorialisation, d’autonomisation des établissements et de contractualisation.
Quelques exemples :
– Les communes auront toute liberté d’organiser « sans contrainte » le temps scolaire (sur 4 jours, 4,5, etc.) et périscolaire.
– Dans les collèges et les lycées, les 20% de la dotation laissés à l’autonomie seront désormais totalement à la discrétion des établissements sans aucune règle nationale.
– L’autonomie des collèges et des lycées sera totale en matière de projet d’établissement… avec un diagnostic obligatoire tous les 3 ans, qui donnera lieu à une évaluation publique et qui conditionnera les engagements du ministère. L’« agence du diagnostic et de l’évaluation » pourra ainsi décider de renforcer l’équipe de direction d’un établissement (au cas où il y aurait des équipes trop peu dociles pour marcher au pas ?).
– Les chefs et cheftaines d’établissement des collèges de l’éducation prioritaire pourront procéder à un recrutement local des enseignant e s.
6 - Attaques sur le bac et le droit à l’université
Le bac sera réformé pour ne plus comporter que 4 épreuves terminales. Cela renforce encore l’idée qu’il y a des matières importantes et d’autres qui le sont moins. Autres inconvénients : une telle réforme retirerait aux élèves leur droit à l’anonymat au cours des examens, elle autoriserait des versions plus ou moins « locales » des épreuves, leur ôtant leur valeur nationale. Quelle serait la valeur d’un bac obtenu dans une académie dite « défavorisée » ?
L’introduction de pré-requis pour entrer à la fac, sous couvert de lutter contre l’échec, peut apparaître a priori comme une bonne idée. En réalité, on ne sait même pas de quoi vient cet échec : manque de préparation à des méthodes de recherches ? Niveau insuffisant de certains élèves ? Double-journée de nombreux étudiants, obligés de travailler pour vivre ?... Il y a sûrement de multiples raisons. Dans tous les cas, cette nouveauté permettra aux universités « autonomes » de trier et refuser certains étudiants.
7- Ubérisation et numérisation
Le processus d’ubérisation n’épargnera pas l’école et ses personnels. Le projet fait par exemple appel aux services civiques – une main d’œuvre sous-payée, sans statut durable et sans contrat de travail. Ainsi, lors de nos visites aux écoles, il nous est arrivé de rencontrer des collègues surchargés à qui l’IEN répond qu’ils doivent s’estimer heureux d’avoir un service civique à disposition !
La formation continue de trois jours par an se fera manifestement sur des contenus imposés, la moitié via des modules en ligne. La numérisation de l’école sera encore accentuée avec la multiplication des supports et applications numériques que les élèves et les enseignant-e-s devront utiliser.
8- Effets d’annonces sur les REP/REP+
Autre fausse bonne nouvelle, la baisse annoncée des effectifs par classe en CP et CE1 en REP/REP+ se fera à 85% par des redéploiements de postes. Dès la rentrée prochaine (est-ce réalisable ?), les 5000 « Plus de maîtres que de classes » seraient ainsi redéployé-e-s en CP/CE1, ce qui sera loin de couvrir toutes les classes concernées à plein temps.
Conséquences probables : effectifs alourdis dans les autres écoles, non-REP mais parfois en grande difficulté, réduction du nombre d’écoles et établissements en REP.
9- Une école du tri social
L’école qui vient sera toujours davantage une école du tri social : cette logique se retrouve à tous les niveaux, avec les évaluations nationales dès la grande section, l’accroissement des orientations contraintes au collège, la mise en avant de l’apprentissage, le développement des options de reproduction sociale et de l’individualisation des parcours, la sélection à l’entrée à l’université…
En accroissant l’autonomie et la mise en concurrence, en produisant une école réduite au « lire-écrire-compter » pour les pauvres et en multipliant les processus de sélection sociale, l’école d’Emmanuel Macron poursuit l’adaptation du service (de moins en moins) public d’éducation aux besoins du capitalisme néo-libéral.
C’est sur tous ces aspects que celles et ceux qui portent des alternatives pédagogiques et sociales doivent faire front, pour résister à ce processus et faire naître un tout autre projet pour une école égalitaire et émancipatrice. SUD éducation est de ce combat pour une autre école, une autre société.
PS (sans mauvais jeu de mot) : Dans le programme Macron, il y a aussi beaucoup d’inconnues. En voici quelques-unes : quid de la prise en compte des gamins handicapés ? Quel statut pour les AVS et AESH ? Maintien du gel des salaires pour tout le monde ? Où trouve-t-il les 120 000 postes qu’il veut supprimer dans la fonction publique ? ...




 

jeudi 11 mai 2017, par administrateur du jeudi


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Mentions Légales | réalisé avec Spip